3 mesures pour la transition

L’économie informelle est prédominante en Algérie. L’argent généré par ce secteur devient incontrôlable. Afin de l’intégrer dans le circuit bancaire, le chef de l’Etat a lancé un ultime recours aux barons de l’informel de déposer dans les banques l’argent qu’ils cachent au fisc. Cependant, ce secteur n’est pas spécifique à l’Algérie. au Le Dr Abdelrahmi Besaha, économiste au FMI, fait le point sur cette économie dans un dossier publié dans le quotidien El Watan. Il a également proposé des mesures pour surmonter cette économie.

“La fragmentation entre les activités officielles, informelles et illégales est une caractéristique de nombreuses économies dans le monde avec, cependant, des poids relatifs différents et des facteurs sous-jacents différents. Par nature, l’économie informelle est difficile à mesurer, les opérateurs impliqués dans ces activités se gardant bien d’être identifiés.

Cependant, pour les décideurs politiques, le contrôle de la production informelle de biens et de services est essentiel pour articuler des politiques macroéconomiques et structurelles appropriées. Pour ce faire, la taille de l’économie informelle est une donnée essentielle pour évaluer l’ampleur de l’évasion fiscale, de la fuite des capitaux et de l’étendue de la couverture sociale et prendre des mesures pour atténuer leur impact sur l’économie. taux de croissance », explique Abdelrahmi Besaha depuis le début.

Pour ce docteur, « la recherche empirique sur la taille et le développement de l’économie informelle mondiale a fait de grands progrès ces 10 dernières années et a permis la mise en place de méthodologies analytiques et d’outils de mesure fiables.

Dans le cas de l’Algérie, l’économie est fragmentée en trois segments (officiel, informel et illégal). Les deux derniers sont le produit de nombreux dysfonctionnements structurels. Par conséquent, seules des politiques publiques cohérentes à moyen et long terme sont à même d’y faire face.” Il s’agit “d’abord d’éliminer les voies d’accès à l’informalité” et de “favoriser l’intégration du segment informel dans l’économie officielle”.

Caractéristiques, données et statistiques sur l’économie informelle dans le monde

Dans cette contribution, Abdelrahmi Bessaha a abordé ce sujet en abordant toutes ces questions au niveau international et dans le contexte algérien. Pour comprendre les conséquences de cette économie, il est important de comprendre comment elle fonctionne à l’échelle mondiale. C’est-à-dire à l’international. La réalité traitée par cet expert en 3 points. À savoir:

1. Caractéristiques de l’économie informelle

Si l’économie informelle peut être un lieu d’inventivité communautaire et d’activité entrepreneuriale, elle continue d’être portée par une approche d’évasion illicite :

  1. fiscalité et paiement des cotisations de sécurité sociale;
  2. bureaucratie administrative;
  3. normes institutionnelles de bonnes pratiques, de concurrence et de transparence.
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Opérant en marge de la loi, l’économie informelle est dominée par des micro-entreprises et/ou des entreprises familiales, avec des opérations à faible productivité et à faible rendement. Cette structure reflète les difficultés d’accès contributions (services et finances), le manque de soutien de l’État (formation professionnelle et développement des entreprises) et les difficultés à élargir leurs marchés. De plus, la valeur ajoutée des opérateurs informels est souvent captée par d’autres acteurs de la chaîne de production. De son côté, le capital humain est très mal rémunéré et ne bénéficie pas de protection sociale.

2. Données statistiques sur le marché informel dans le monde

Sur la base de statistiques couvrant 25 ans (1990-2015) et utilisant un modèle intégré sophistiqué (qui croise différents indicateurs économiques), le FMI a récemment mené une étude mesurant la taille de l’économie informelle dans 158 pays, dont l’Algérie. Les conclusions sont les suivantes :

  1. La taille moyenne de l’économie informelle pour 158 pays est de 31,9 % du PIB ;
  2. De manière plus prononcée :
    1. la taille de l’économie informelle de 62 pays est inférieure à cette moyenne ;
    2. 55 pays ont des secteurs informels dont la taille varie entre 31 et 40% du PIB ;
    3. 41 autres pays ont un secteur informel qui se situe entre 40 et 65 % du PIB ;
  3. Les secteurs informels les plus faibles sont ceux de la Suisse (7,26% du PIB), des Etats-Unis (8,36% du PIB) et de l’Autriche (8,93% du PIB). En revanche, ils sont les plus élevés au Zimbabwe (60,6 % du PIB), en Bolivie (62,3 % du PIB) et en Géorgie (64,9 % du PIB).

3. Les coûts agrégés de l’informalité

Il s’agit notamment du sous-enregistrement de la croissance, des pertes fiscales (estimées entre 2 et 4 points de pourcentage du PIB) ainsi que de l’exclusion sociale et financière de millions de travailleurs dans le monde.

L’économie informelle et illégale en Algérie

Dans la deuxième partie de cette contribution, le médecin revient sur la situation en Algérie. “Alors que l’économie officielle est de 144 milliards de dollars fin 2020 et reste fortement dominée par le cash (le poids de la monnaie en circulation par rapport à la masse monétaire est de 46%)”, le médecin s’appuie sur une étude du FMI qui fournit les données suivantes :

1. Le secteur informel pèse 36 milliards de dollars fin 2020

    1. – En moyenne, son poids a été estimé à 30,86% du PIB sur la période 1990-2015.
    2. – En données annuelles, ce poids passe de 34,9% du PIB en 1991 à 23,98% du PIB en 2015. Pour 2020, il est estimé à environ 25 % du PIB.
    3. – En valeur, il passe de 15,9 milliards de dollars en 1991 à 39,8 milliards de dollars en 2015 et 36 milliards de dollars en 2020. Les secteurs d’activité informels comprennent l’agriculture, l’industrie manufacturière, la construction, les transports et les services (y compris la distribution et la microfinance).
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2. L’économie illégale (liée à la contrebande) est estimée à environ 11 milliards de dollars

Elle est facilitée par de vastes frontières (6511 km), dont 3762 km en zone désertique. Les opérations de contrebande transfrontalière affectent :

  1. France (cigarettes en raison des différences de prix – 1,4 euros le paquet en Algérie pour 8 euros en France) ;
  2. Maroc (émigration clandestine, armes légères, produits pharmaceutiques contrefaits, cocaïne et substances psychotropes) ;
  3. Tunisie (essence, pièces détachées automobiles, électronique, cuivre et bétail); Libye (trafic d’êtres humains, d’essence et d’armes) ;
  4. Petit (cigarettes, drogues, armes légères et carburant).

Deux points à noter :

  1. L’Algérie est un pays de transit pour le trafic de drogues dures acheminées d’autres régions d’Afrique vers l’Europe et le Moyen-Orient ; d’autre part, il existe un marché intérieur croissant pour les drogues illicites, en particulier le cannabis consommé par les jeunes.
  2. la contrebande de carburant est favorisée par les subventions aux prix à la pompe pratiquées en Algérie.

3. Facteurs explicatifs de l’informalité et de l’illégalité

L’économie informelle et illégale en Algérie s’explique par plusieurs facteurs, dont la faiblesse des institutions de l’État, des dysfonctionnements macroéconomiques et structurels qui ouvrent des portes d’entrée (chômage, obsolescence du système bancaire, rigidités bureaucratiques qui étouffent l’initiative économique, corruption et une activité commerciale paralysante environnement).

4. Sources de financement de l’informalité et de la contrebande.

Les revenus illicites de la mauvaise gouvernance économique sont multiples et comprennent ceux de la corruption (environ 3 milliards de dollars pour le secteur de l’investissement public), de la fraude et de l’évasion fiscales (environ 1,5 milliard de dollars), de la fuite des capitaux (environ 10 milliards de dollars entre 2010 et 2019 ou environ 6 milliards de dollars en et 4 milliards de dollars), le marché parallèle des changes (d’une profondeur d’environ 10 milliards de dollars) et les avantages fiscaux (7,5 milliards de dollars).

Ajoutons deux autres canaux alimentés par le détournement des prêts des dispositifs de soutien à l’emploi et à l’investissement et les fortes accumulations (environ 20 milliards de dollars). Toutes ces ressources illicites financent en grande partie des bulles spéculatives (immobilier et automobile) ainsi que l’économie informelle.

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5. Le prix de l’informalité et de l’illégalité économique

Pour le pays, le coût se mesure en croissance sous-enregistrée (36 milliards de dollars), en perte de revenu par rapport aux recettes fiscales (2,5 milliards de dollars) et en exclusion sociale pour 1/10 de la population du pays.

Transition vers officiellement basée sur une stratégie à moyen terme en trois volets

Pour passer de l’informel à l’officiel, le médecin préconise une stratégie à moyen terme. Outre la réponse sécuritaire à la lutte contre la contrebande, la transition comprend la stratégie de réforme suivante :

1. Des mesures macroéconomiques pour assainir l’écosystème et réduire les dysfonctionnements qui favorisent l’informel et l’illégal

Pour y parvenir, les réformes devraient viser à :

  1. stabiliser l’économie et réformer les finances publiques;
  2. améliorer le canal de transmission de la politique monétaire et minimiser l’utilisation des espèces comme moyen de transaction ;
  3. réforme fondamentale du fonctionnement du marché des changes pour réduire l’écart entre le taux officiel et le taux parallèle et, à terme, unir ces deux marchés ;

2. Mesures structurelles et sectorielles d’ancrage du processus d’intégration du secteur informel

Six mesures doivent être envisagées pour :

  1. le renforcement de la gestion du système bancaire ;
  2. réforme de la politique du logement et du secteur automobile, notamment en matière de paiement ;
  3. améliorer l’accès et la qualité de l’éducation ;
  4. concevoir un système fiscal qui réduit les incitations pour les particuliers et les entreprises à rester dans le secteur informel ;
  5. améliorer l’inclusion financière en favorisant un accès plus large aux services financiers (ou bancaires) formels ;
  6. augmenter les incitations et réduire les coûts de la formalisation (simplification des réglementations du travail, concurrence accrue pour l’entrée des petites entreprises dans certains secteurs, réduction des exigences bureaucratiques, plateformes numériques pour aider les petites et moyennes entreprises à se développer dans le secteur formel).

3. La lutte contre la contrebande

La coopération en matière de sécurité régionale est nécessaire car le Maghreb est devenu un carrefour de réseaux transnationaux de criminalité organisée, de terrorisme et de traite des êtres humains, posant de graves problèmes pour la sécurité internationale et le progrès économique régional. Des efforts internationaux avec un soutien financier direct de l’ONU sont nécessaires pour mettre en œuvre un développement économique concret autour de trois objectifs clés :

  1. une gouvernance inclusive et efficace ;
  2. le renforcement des capacités pour contrer les menaces transfrontalières ;
  3. réformer le système de subventions qui favorise le commerce transfrontalier de carburants et de produits alimentaires.

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