UCI TCL Berlin | Taky Marie-Divine Kouamé : “Il fallait que je change de route”

Taky Marie-Divine Kouamé n’a pas manqué grand-chose pour passer un tour lors de sa découverte de la Ligue des champions sur les bons rails samedi dernier à Majorque. Après avoir sauté sur le fil dans sa série de vitesse, la Francilienne a raté la deuxième place qualificative pour la finale du keirin. Prometteur mais frustrant. “C’est quand même une compétition brutale, sourit le Français de 20 ans. Soit tu gagnes, soit tu es éliminé. Mais je pense qu’il peut le faire dans les autres tours.” Avant de s’envoler pour Berlin, où se déroule le 2ème acte, la native de Créteil a pris le temps de nous raconter son parcours lors d’une interview d’une demi-heure.

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Si votre titre mondial sur 500 m, le 15 octobre, a été une surprise pour tout le monde, l’a-t-il été pour vous aussi ?

Prenez Marie-Divine Kouame : Deux semaines avant les Mondiaux, je n’ai jamais pensé que j’allais être champion du monde. Mais quand les Mondiaux ont commencé, tout a changé dans ma tête. Quand on voit le public, quand on voit l’ambiance, ça laisse place au rêve. Après le sprint par équipe et le titre de Mathilde (au sprint), quand je suis allé me ​​qualifier pour le 500 m, il était clair que je gagnais. Je voulais gagner. C’était le but. Après les qualifications (2e fois), je me suis dit que je n’avais aucune envie de finir deuxième. J’ai commencé la finale pour améliorer mon temps, évidemment.

Sur 500m, la plus rapide est Kouamé : revivre son titre mondial

Les événements majeurs vous accablent plus qu’ils ne vous gênent.

TMDK : Ah oui oui ! Encore plus devant le public français qui me pousse comme jamais, devant la famille. Je préfère largement la compétition à l’entraînement. En compétition, j’arrive à me dépasser, à élever mon niveau.

Tu as fait 32″835 en finale, une seconde de mieux que le record de France que tu détenais déjà depuis juillet lors des Championnats d’Europe U23. Comment expliques-tu cette progression rapide ?

TMDK : Pour être honnête, je n’aurais jamais imaginé gagner une seconde et demie en quelques mois. Je ne peux pas l’expliquer… Eh bien, oui. On a travaillé, j’ai perdu du poids, j’ai optimisé mon alimentation, ma récupération, etc. Je me suis professionnalisé, entre guillemets, dans ce que je faisais. Quand j’ai commencé ma saison à Glasgow (en avril), je n’avais pas le même train de vie qu’aux Mondiaux.

Et pourquoi ce clic ?

TMDK : Déjà, l’arrivée de Greg (Grégory Baugé, le nouveau coach national de sprint depuis mars) a quand même imposé une certaine rigueur. Au début, c’était plus un bras de fer qu’un match d’équipe (sic) ! Je n’avais pas la même idée que lui de ce qu’est le sport de haut niveau. Et puis vient la coupe du monde de Glasgow… Je suis en surpoids de 10 kg, je suis traîné partout, sur 500 m comme en sprint par équipe. C’était absurde. Et quand on revient, forcément, on se remet en question. Nous nous rendons compte qu’il était normal que nous nous promenions, car nous ne faisions pas le travail. Nous nous rendons compte de tout cela.

La championne du monde Taky Marie-Divine Kouame du 500 mètres le 15 octobre 2022 à Saint-Quentin-en-Yvelines

Crédit : Getty Images

Qu’avez-vous mis en place ?

TMDK : Nous essayons d’optimiser ce que nous pouvons, dans tous les cas où nous pouvons le contrôler. Je ne suis pas un maître de la formation, je fais ce qu’on me dit à la formation. Mais pour la nourriture, je pense que je ne peux que maîtriser ce sujet. Greg, il ne va pas mettre ce que je mange dans ma bouche ! Et à ce niveau, j’ai fait beaucoup d’efforts. Mon état d’esprit a beaucoup changé quand j’ai réalisé que les Jeux olympiques venaient enfin de Glasgow. Ils étaient déjà en préparation dans ma tête, mais je n’avais aucune idée de ce qu’étaient les Jeux Olympiques. Les Mondiaux à domicile aussi. Au fil de l’année, et des sorties internationales, j’ai compris qu’il fallait que je travaille et que je me remette en question.

Et tu as réussi à le faire.

TMDK : Oui, je pense que oui.

Combien de poids avez-vous perdu en 6 mois ?

TMDK : 8 kg. C’était radical. Mais je les ai perdus petit à petit. C’est en fait à partir de Cali (juillet) que j’ai senti la différence. J’avais l’impression de ne faire qu’un avec mon vélo, de maîtriser tout ça, des sensations que je n’avais jamais eues, je crois.

Dans les catégories jeunes, vous avez déjà été décrit comme ayant un talent pour être poli, que vous tardez à exprimer votre plein potentiel.

TMDK : Oui exactement. Il y avait toujours “Ouais, mais…”

Taky Marie-Divine Kouame et Fuko Umekawa lors des championnats du monde 2022 à Saint-Quentin-en-Yvelines

Crédit : Getty Images

Et comment expliquez-vous ce « oui mais » ?

TMDK : Je pense que c’est un manque de rigueur. Pour être honnête, je n’étais peut-être pas au courant de tout ce que représente le sport de haut niveau. C’était vraiment comme une école. J’ai réussi sans faire les devoirs. Et à l’entraînement, c’était pareil ! Je faisais le minimum. Mais plus on avance… Nous sommes tous talentueux, donc seul le travail, la minutie, aura la priorité. Le talent ne suffit plus.

Et donc il a fallu l’arrivée de Grégory Baugé pour ça ?

TMDK : Quand je dis que c’était un bras de fer, c’était vraiment un bras de fer ! Ce qu’on m’a proposé ne me convenait pas, sa façon de faire ne fonctionnait pas… Nous n’étions pas sur la même longueur d’onde ! C’était difficile. Mais c’était vraiment ce qu’il fallait. Il avait été là. En fait, tout ce que j’ai vécu, il est possible qu’il le traverse aussi. Cela m’a fait réaliser que je n’étais pas du tout sur la bonne voie. J’ai dû changer de direction.

Et maintenant êtes-vous?

TMDK : Oui, je pense que oui (sourire).

Quand vous dites qu’il a traversé ce que vous avez traversé, qu’est-ce que vous voulez dire ?

TMDK : Bah, il a eu des années dans le pôle, l’INSEP. J’étais plutôt dans le pôle Bourges (de 2018 à 2020 avant qu’il ne rejoigne le pôle Olympique SQY). Il a connu la moto très jeune, comme moi. On est passé par les mêmes clubs, je connaissais l’US Créteil, etc. Le poids a longtemps été un handicap, il s’est donc beaucoup concentré sur l’alimentation, il fallait profiter au maximum de tous les extras. Il avait aussi un talent pur, entre guillemets, qu’il fallait apprivoiser et se mettre au travail. Je vois que nos chemins, et même dans ce qu’il me raconte, se ressemblent.

La vôtre, bien sûr, commence par le monsieur de votre cantine scolaire au Coudray-Montceaux, Gilbert Rousseau, président du club de la ville.

TMDK : J’étais très jeune, je devais avoir 3 ou 4 ans. A chaque fois qu’on allait au self il nous disait : “Oh, t’as des jambes de motard et tout, viens dans mon club, tu serais super fort !” Entre amis, c’est devenu pour nous un prétexte pour nous retrouver les mercredis après-midi à l’entraînement. J’habite dans un petit quartier, donc on est vraiment tous voisins, et Gilbert Rousseau était aussi un de mes voisins. Quand j’ouvre ma porte je suis devant chez lui !

On s’est tous retrouvés devant la maison, on est allés au parking de l’école et puis on s’est entraîné, on a fait des jeux, des sprints… Ça a commencé comme ça. Au début, c’était vraiment pour être avec des amis, pas du tout dans l’espoir de faire carrière.

Et quand Gilbert Rousseau part en Guadeloupe, tu changes de club en minimum 2 pour rejoindre l’équipe 94 de Patrice Lerus, à Villeneuve-Saint-Georges. C’est lui qui vous présente la piste. Mais il fallait qu’il insiste un peu là-dessus !

TMDK : Oui, oui, oui… Parce qu’au départ, mes modèles étaient des routiers ! Je ne connaissais pas du tout la piste, je n’en avais pas une très bonne image. Mais Patrice m’a proposé d’essayer. Nous sommes allés faire un tour sur la piste de l’INSEP, et quand j’ai découvert les sens, je me suis dit que c’était vraiment ce que je voulais faire ! Sur la route, j’arrivais à un stade où je commençais à être dur, compte tenu de la masse musculaire et de tout ce qui s’accumulait. Alors que sur la piste, j’ai réussi à exploiter tout mon potentiel, les sensations étaient incroyables. J’ai fait mes premiers championnats de France, des stages en équipe de France, mes premiers championnats d’Europe, mes premiers Mondiaux où j’ai gagné le 500m (chez les jeunes, en 2019). Et voilà.

Quels ont été vos modèles sur la route ?

TMDK : Je me voyais avoir la carrière de Jeannie Longo ! Je l’ai vue et je me suis dit : “Oh oui, je veux ça !”

Regardez-vous beaucoup de courses à la télévision ?

TMDK : Gilbert nous a un peu forcé ! L’été, il nous faisait asseoir dans son salon et commentait les courses. A l’époque, Kevin Réza était un professionnel. C’est un homme noir, donc Gilbert était très, très, très heureux d’être là au Tour de France. Alors il nous faisait regarder les étapes et on faisait des barbecues en même temps. On a été un peu forcé, mais c’était sympa quand même !

Vous parlez de Kevin Reza. Comment vous voyiez-vous, enfant, dans un sport, le cyclisme, où il y a si peu de variété ? Quel effet cela a-t-il eu sur les rêves que vous avez pu nourrir ?

TMDK : Pour être honnête, je ne me suis pas tellement posé la question. Pas tout de suite en tout cas. J’ai grandi en région parisienne, donc tout, les noirs, les arabes, etc… On était tous mélangés. Après quand j’ai commencé à faire des sélections, les championnats de France, je me suis rendu compte : ben, finalement, on n’est pas si gros que ça ! Et donc, au fil du temps, j’ai vécu des injustices qui, effectivement, ont rendu tout cela discutable. Vivre une telle injustice n’est pas un rêve. Il est possible que j’aurais préféré partir plutôt que de rester dans cette situation. J’ai réalisé qu’il y avait une différence. Pour moi, nous étions tous pareils. Mais non… C’est vrai qu’il y a eu une période où je me suis demandé : est-ce que ma place est là-bas ? Est-ce que je veux vivre ça ? Suis-je prêt à combattre cela ? Est-ce que je veux porter ce poids ? Et puis, au fur et à mesure que je grandissais, que je mûrissais, et qu’il y avait des gens qui s’identifiaient à moi… J’avais beaucoup de soutien, je me suis rendu compte que c’était un créneau, des gens qui se ressemblaient, tout le monde n’était pas comme ça. Ici, on raconte. Et j’ai eu des parents qui sont compréhensifs, qui m’ont parlé, les ont encouragés.

Vous parlez de personnes qui vous correspondent. Vous êtes un modèle maintenant.

TMDK : Oui, ben c’est vrai que… Pour être honnête, je n’aime pas ce rôle, je ne voulais pas être mannequin. Je voulais vraiment passer inaperçu, être comme tout le monde. Et malgré moi, dans la vraie vie, je me rends compte… Je reçois des messages, notamment du titre, qui me font dire qu’il faudra tenir ce rôle.

Comme si cela s’imposait à vous ?

TMDK : Oui… Je dois l’accepter.

Pour conclure sur les Jeux Olympiques 2024, qui se tiendront au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines (où se déroulera également, le 26 novembre, la 3e manche de la TCL), sur quelle discipline misez-vous le plus sachant que le 500m n’est pas au programme ?

Déjà, nous misons gros sur la vitesse de l’équipe. Mais pour être honnête, j’espère ramener une médaille dans les trois disciplines. J’ai gagné le 500m, oui, mais nous travaillons pour être efficaces en termes de vitesse et de keirin. Le 500m n’est vraiment qu’un bonus !

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